
Je n’ai ni voulu et à plus forte raison rêvé ce métier . Il me pèse par ses responsabilités et me sous tend par le sens qu’il donne à ma vie .
Adolescent , je rêvais de voyages, d’écriture , de musique , de poésie , et je me voyais faire le même métier que mes parents , enseignant . Il n’en n’était pas question pour eux et ma mère se projetait tant ,dans ces » hommes en blanc » ,qu’un Soubiran a eu la mauvaise idée d’écrire, , que mon destin était scellé .
Moi je n’ai jamais joué au docteur , je n’ai jamais trouvé cela amusant ; la médecine cela me paraissait sinistre et trop prenant . En plus c’était pas mon milieu . Les filles du bon docteur P qui était notre médecin de famille me donnaient à penser que nous n’étions pas du même monde et je n’enviais pas ce monde . Je ne jalousais même pas la montagne de jouets que je n’auraiens jamais .
Quand on m’eut bien fait réalisé l’ineptie d’un projet de vie axé sur le littéraire , je me suis intéressé à la chimie , comme par chance j’étais bon élève , je pensais pouvoir faire ingénieur chimiste , mon père m’ a indiqué que je n’avais pas le niveau pour ça et que je ferais mieux de faire médecine comme ma mère le souhaitait .Nous avons fait un « deal « comme on dit maintenant : je présente le concours une fois et si je rate je fais ce que je veux . Je l’ai eu du premier coup !!!!!!!!
Pendant mes études j’enviais les autres étudiants qui avaient à mes yeux une vrais vie , sortant , rêvant , se retrouvant , moi je travaillais en permanence rythmant le temps par les partiels et les concours .
Au début de mes études pendant l’été je travaillais comme maçon ; je trouvais ça fatigant mais très bien , une vie régulière , on fait de petits projets très concret et tout s’écoule tranquillement . Je me souviens , je rentrais éreinté du boulot et je me posais devant la télé la tête vide ; la tête vide cela ne m’est jamais arrivé depuis .
La vie de tout le monde je ne saurais jamais ce que c’est :. Retrouver sa famille à des heures normales , avoir des week-ends , des vacances avec de vrais embouteillages , des vacances à palavas les flots , des merguez et des frites , des gamins qui courent partout , des fêtes de famille où tout le monde roule sous la table ou s’engueule , des projets simples comme acheter un Renault cinq , aller boire un coup après le boulot avec les copains et rigoler bêtement , tout ça non, je ne le vivrais jamais .
Alors nous les médecins on se rattrape en faisant de conneries et on croit vivre mais c’est pas mieux c’est pire , c’est destructeur .Certains en deviennent inhumain , ce ne sont plus de vrais médecins , l’œil rivé sur leur compte en banque .
Avec le temps ( beaucoup de temps ) j’ai découvert ce que pouvait ou devrait être la médecine . Ca n’a pas arrangé les choses . Du coup je suis devenu médecin atypique !!!!!!
Au bout du compte j’ai réussi à apprendre des choses quand même . Je me suis forgé une discipline , une personnalité , un caractère , et j’ai essayé avec le karma qui était le mien de recevoir les leçon de mon exercice professionnel .
De la même façon que le matin je fais mes kata , chaque jour je dois pratiquer la compassion , le respect , le don , et regarder en face , la mort la souffrance mais aussi le sens même de la vie puisque je suis obstétricien ; Je dois rendre compte de tout ça c’est pas évident , je suis si imparfait et l’attente est si grande c’est compréhensible .
Ainsi j’ai parfois des bouffées de bonheur , de tristesse ou de culpabilité qu’il faut essayer de gérer , c’est dur quand on a un cœur d’homme .
Cette semaine j’ai vu la mort qui me fixait à travers le regard de cette femme désespérée .Elle me criait son angoisse de mourir , son refus surtout, son déni , et moi la mort me disait :Antoine regardes moi, regardes moi bien, et cesse de toujours gémir et te plaindre .
Pour moi un corps n’est pas qu’un corps . je vois ses entrailles dans lesquelles parfois je fouille , cela ne donne que plus de dimension à l’esprit l’amour l’humanité .
Un exigence d’humain voilà ce que cela demande en fait . Je veux de l’homme de l’homme avec un grand H , de l’humain , désincarné qui existe vraiment au delà de sa souffrance !
Quand je circule dans mon hôpital et que je vois ces pauvres personnes âgées sur leur brancard qui attendent dans l’indifférence leur examen totalement inutile prescrit par un interne qui n’a cure de ce patient et qui veux juste prouver qu’il a bien apprit son cours , je me dit voilà Antoine tu seras ce corps souffrant et abandonné même parfois de sa famille .regarde comme me disait la mort l’autre jour regarde ta déchéance et cesse de te plaindre .
De même , mon père me disait toujours que je ne savait pas accepter les compliments ; avec la médecine cela ne s’est pas arrangé ;Quand on me remercie pour ce que j’ai fait je ne sais pas quoi dire , à l’inverse quand j’estime que je n’ai pas été à la hauteur je culpabilise à mort ; tout ça est très compliqué .J’ai une vie compliquée du reste !!!!!!!!
Plus je regarde les corps , les entrailles , la crudité du vivant plus j’ai besoin d’âme , de spiritualité d’espérance de générosité , d’humain .
Ainsi je complique beaucoup les choses , parce que j’ai une drogue : le bonheur , même si ce n’est qu’un ersatz de bonheur .Alors comme Diogène , en plein jour avec sa lanterne , « je cherche un homme »
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