.C’est un Hôtel posté comme une vigie sur la falaise, faisant face aux remparts de saint Malo , à l’extrémité de la ville de Dinard , et donc de l’autre côté de l’estuaire de la Rance.
Cet automne là, avec ma compagne nous avions décidé de profiter du magnifique spectacle qu’offre la mer en ces saisons proches de l’hiver, mais qui pourtant laissent cette douce saveur de l’été indien typique des côtes bretonnes.
Pour notre première soirée nous avions droit à un somptueux « buffet de la mer ».
Je tenais la main de Maria posée sur la table et j’admirais le magnifique spectacle de l’océan agressant avec violence cette subtile côte qui n’a jamais vraiment livré son secret, empêchant l’anglais d’envahir notre mère patrie.
Nous étions tout les deux silencieux, nos regards parallèles, vers l’infini de cet atlantique qui exprime complètement la liberté Raimbaldienne, respectueux de cette matrice qui, engendrant la vie, accepta ainsi son fatidique destin.
Le voyage jusqu’ici est long et nous avions décidé de nous arrêter avec les enfants chez mes parents à mi chemin. Ce fut une erreur. Pour tout accueil, je vis sortir ma mère le visage tendu et visiblement agacée, qui me reprocha de n’avoir pas indiqué notre heure d’arrivée ! Dès que j’eu pénétré dans le logis parental une violente bouffée d’angoisse me saisit, et chaque objet du souvenir, chaque pièce du passé, me sauta au visage comme un paternel reproche.
Le petit enfant triste et coupable renaissait en moi, mon chemin de vie m’était montré comme un carnet de note désastreux. Nous avons parlé de mon frère, des relations familiales et à chaque fois c’était comme une comparaison implicite, faite d’amères remontrances, la preuve par la « pédagogie » de mon échec, incompréhensible à leurs yeux.
Au bout du compte j’eu un bref moment de complicité avec mon père, juste avant de partir le lendemain matin, non sans qu’on m’ait bien indiqué de prévenir à notre retour ….
Je n’arrivais pas à oublier ce triste intermède, malgré le magnifique spectacle qui s’offrait à moi, et le tendre enlacement de nos mains. Maria quant à elle se prenait à rêver, c’était la première fois qu’elle montait en Bretagne, « le pays qu’on ne peut jamais quitter » .L’après midi elle avait couru comme une enfant sur la plage, laissant le soleil marin accentuer son beau hâle naturel et faire ressortir ses taches de rousseur assassines .Ses yeux si sombres, brillaient de pépites dorées déposées par les reflets lumineux du sable encore humide
J’aurais dû, être heureux à cet instant. Mais mon incompétence au bonheur apparaissait maintenant de façon criante. Je réalisais brutalement que le temps avait passé, que mon destin était accompli et que néanmoins, je fonctionnait encore comme un adolescent rêvant, se projetant vers un infini déjà dépassé par la droite impitoyable du temps .Il y a-t-il un moment dans la vie où l’on doit cesser de rêver, où l’on se doit de renoncer si l’on a pas réussi ? A cet instant je pense à Compaye Secundo , dont les toutes dernières années furent l’absolution totale de sa misérable et douloureuse vie de Cubain .Je visualise son sourire , éclatant de joie et sa musique berce ma nostalgie .
Le séjour se cala sur le rythme du ressac et des marées, et nous avons seulement savouré, la liberté de se laisser bercer par l’écoulement libre du temps. J’ai juste souhaité lui montrer le mont saint Michel, mais sans y pénétrer, j’ai du reste été horrifié par l’hyper tourisme qui fait ressembler ce site magnifique à un las Vegas pour retraités de la fonction publique.
Alors que ma compagne échafaudait de multiples plans afin de vivre avec moi un nouveau départ, dans un nouvel ailleurs, je ne cessais de constater ma finitude, la brièveté de la vie, et je n’arrivais pas à me convaincre que j’avais encore le droit d’espérer. Je me demandais précisément si dans une certaine mesure, mon aspiration perpétuelle à vivre un bonheur n’était pas la cause de mon parcours de vie chaotique, s’il n’y avait une forme d’incongruité, à vouloir vivre une coupable ivresse existentielle. Je constatais que si j’avais eu moins d’exigences en terme de « bonheur », j'aurais certainement été plus heureux ( paradoxe )
.Au bout du compte on peut dire que l’ataraxie des stoiciens est la seule approche potentiellement viable, qu’on l’obtienne pas un long travail de sagesse ou comme monsieur Jourdain dans » le bourgeois gentilhomme » on la pratique comme la prose.
Cela devait être un beau séjour, propice à générer l’énergie nécessaire à la construction d’un futur plus serein, il n’en fut rien et son déroulement intime est à l’image de la structure chaotique qui me personnifie. Outre que je n’ai pas le sentiment d’avoir donné à Maria la plénitude enharmonique que j’espérais, le retour acheva de me convaincre que je n’étais qu’un Don Quichotte de la vie, et on peut même dire qu’il m’acheva tout court.
Alors que nous quittions ces lieux magnifiques, une appel téléphonique de mon père porta l’estocade .Il m’indiquait qu’il ne souhaitait pas nous avoir au retour car : « ta mère est fatiguée » qu’ajouter à cela quand on ne voit ses parents qu’une ou deux fois l’an ! sans doute est ce encore trop !
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Là bas chez mes ancêtres , je vais essayer de reprendre souffle .à bientôt donc mes amis de la blogsphère . A Gwech arall !!!!
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