J’aimais bien les gares . Enfant, une d’entre elle m’impressionnait fortement . Celle de Tours avec son architecture type Eiffel , art déco . Cette époque donnait beaucoup au rêve des enfants . C’étaient les gares de Tintin et milou , les adieux par la vitre baissée , quelque chose qui tient de l’appareillage d’un transatlantique .
Maintenant c’est différent , même si celle ci a gardé son cachet , il n’y plus la magie , il n’y a plus le regard de l’enfant .C’est l’époque des RTT .
Je me pose sur un banc impersonnel et fonctionnel ,et je m’apprête à grignoter un paquet de ce qu’ils dénomment des chips , des crips comme disent les anglais , c’est plus honnête .
Je pioche machinalement dans la texture hypothétique des « chips « et j’en ressort un petit rouleau de tissus ficelé par un savant tressage .
Qu’il y a t ‘il de surprenant c’est déjà étonnant de trouver quelque chose qui tient de la patate dans ces paquets , alors ça finalement c’est une occurrence plutôt sympathique .
Je m’escrime à dénouer le savant matelotage et enfin un petit rouleau de papier couvert d’idéogrammes chinois s’offre à moi .C’est beau mais incompréhensible .
J’appelle immédiatement une amie chinoise traductrice dans une maison d ‘édition .
A mon retour chez moi , devant la porte entrouverte de mon petit pen ti , parmi les genêts et dans le rythme très zen du ressac marin , mon amie déchiffre le texte . Ce qu’il y a de bien avec les idéogrammes c’est que sur une très petite surface on peut faire tenir un texte très volumineux :
- Ami de l’occident aideS moi je t’en supplie . j’ai 26 ans , et ma jeunesse meurt plus vite que mon âge .Je suis enchaînée , par mon travail d’esclave à mon poste ? dans l’usine où je dors pour ne rentrer que les dimanches . Je ne peux me sauver ,car le pire m’attend et ma famille serait persécutée . Je meure à la vie , pour que ton paquet de pommes de terre frites , soit toujours moins cher , pour ton « pouvoir d’achat « , Je suis payé juste de quoi survivre , et mon espérance se racornie dans mon cœur qui ne veut plus battre pour ce corps sans avenir .
- Aides moi , appelles ce numéro et fais quelque chose pour moi ! ton karma n’en sera que meilleur .
- Je m’appelle LIM YU SUN je t’en supplie ami !
Nous nous regardons consterné . J’appelle le numéro indiqué , je tombe sur une voix manifestement asiatique et j’indique le nom de Lim .
- oui elle est de ma famille dans le Yu Nan , mais comment la connaissez vous , qui êtes vous , que lui voulez vous .
- aidez là , elle le mérite , c’était une étudiante en philosophie mais elle n’avait pas les idées qu’il faut ; elle est en rééducation politique .
- Ok mais comment ?
- Faites un mariage blanc !
Je n’ai pas les moyens pour aller là bas et ensuite quelles sont les démarches ?
J’ai retrouvé Lim sur la place Tien an Men , Elle m’a fait une sourire , qui s’est terminé en larmes sous le regard impitoyable du grand timonier .
A côté de mon pen ti , il y a un mobil- home qui occupe le bout de terrain dont j’ai l’usufruit .
J’aime bien quand Lim me fait un petit salut , éclatant de bonheur ,en enfourchant sa bicyclette pour aller à la fabrique de galettes .On ne perd pas facilement ses habitudes . !
C’est l’automne , pour activer le feu du tas de feuilles j’ai jeté mon petit livre rouge d’adolescent . Comme quoi ça peut encore servir à quelque chose !
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