
VOICI LA SUITE DE AN ERWAN BARADOS , c’est décidemment trop long et je crois préférable au bout de deux pages de laisser digérer l’éventuel et exceptionnel lecteur
Ce jour là, ce jour qui décida de tout, Erwan avait commencé sa journée comme à l’accoutumée. Il s’était levé juste avant que le soleil n’émerge au dessus de la ligne d’horizon, afin d’assister à ce spectacle qui le transportait, il ne savait pourquoi .Dans la maisonnée tout le monde dormait dans les lits clos, il poussa tendrement sa femme et se dirigea vers l’âtre ? Tisonna les braises encore rougeoyantes, jeta quelques branches puis sortit une tranche de gros pain noir à la farine de sarrasin. Il coura le long du ria vers le port, l’aube pointait, les derniers bateaux mettaient à la voile, Erwan se tenait sur le môle ; en passant ses amis le saluèrent depuis les embarcations :Erwan ! O vont dezi ? (Dans cette langue il n’y a pas de bonjour on parle de choses et d’autre après le prénom, là c’est : tu y vas ? (Au travail bien surs !)) . Avel a vad ! Bon vent !
Il attendit, bientôt les premiers rayons pointèrent, l’émotion de ce nouveau jour, cette mer qui appelle, cet infini dont il entend le ressac léger à l’étale de la marée haute, le saisirent avec force ; il ferma les yeux, seule la chaleur du soleil et le clapotis des vagues le rappelait à la réalité. Il resta là quelques instants puis s’en retourna directement à la forge. La vie reprenait ses droits, chacun vacant déjà à ses occupations.
Il travailla tous le jour , le soir venu , alors qu’il pensait avoir fini avec son ouvrage , un jeune hobereau , s’approcha de sa forge sur son beau cheval ; degemer mad aotrou ; le seigneur lui rendit son salut ; j’ai besoin de toi forgeron ; je veux que tu reforges ce sabre ! Il lui tendit le sabre en le tenant par le fourreau, marquant ainsi son respect pour l’artisan ; Erwan saisit la poignée vivement et dégainant alors que l’autre tenait toujours l’étui il sectionna d’une rapide volte en arrière un oignon suspendu à une solive , l’attrapa dans sa main libre et le tendit : tiens manges ça et dis moi pourquoi , de toute évidence ce sabre est parfaitement affûté !tu es habile forgeron , voilà pourquoi je viens à toi ; je veux que tu modifies la courbure , elle doit être de telle sorte que la force maximum au moment de la frappe se trouve à la jonction du dernier tiers de la lame , je veux que tu fasses une trempe sélective sur le tranchant de sorte que le dos soit plus mou que le tranchant ;
Aotrou , sauf votre respect si je fais ça ,la lame va se déformer !
C’est exactement ce que je veux, ainsi si l’acier de cette lame comme je le crois est exceptionnel, contre une autre arme, la lame se déformera mais ne se brisera pas !
Etrange ! D’où tiens tu ça !
J’ai vu un jour un sabre qui venait de l’orient !
Je reviendrai à la nouvelle lune. Prends cet acompte !
Le galop emporta le cavalier.
Perplexe Erwan machinalement examina le sabre puis le glissa dans sa grosse ceinture de flanelle ; pour aujourd’hui cela suffisait il verrai demain. Il décida de descendre à l’auberge.
La nuit tombait, la mer miroitait presque silencieusement sous le reflet de la lune descendante ; l’auberge sur le quai, portes ouvertes dégorgeait son flot de marins ivres .Repoussant un matelot qui titubait il entra, s’attabla et interrogea la salle cherchant un ami sobre pour parler .Il y a avait Loïc au fond, seul devant une pinte de cidre. Loïc ,Echu eo an devez ?; Ya !sur !Erwan ,!Le tavernier déposa une cervoise , Erwan resta silencieux longtemps sans que l’autre ne s’en offusque , puis il lui dit : à quoi penses tu Loïc ?
Comment tu sais que je pense à quelque chose de particulier ?
Alors Loïc ?
Mon âme est ailleurs, loin, là bas tu sais où.
Loïc portait bien mal son prénom car il n’avait rien d’un petit louis ou alors comme le petit jean de robin de bois, ancien cap Hornier et harponneur c’était un géant ;
Après de nombreux embarquements pour la pêche à la morue, plusieurs passages du Horn il était revenu pour vivre paisiblement de ce que lui rapportait sa barque à voile, trop heureux d’être vivant.
Souvent il racontait ses terribles aventures, à Erwan qui resterait toujours à terre ,ça il le savait !
Le cap Horn, la terre de feu et puis Santiago bien sur .Là bas il avait fait une curieuse rencontre ; Loïc n’était pas marié, il trouvait que c’était une trahison quand on partait comme ça ; chacun connaît le comportement des marins dans les ports ! Lors d’une escale à Santiago, il se trouva sur les quais nez à nez avec deux marins ivres qui voulaient forcer une jeune indienne ; au sens propre il prit l’un des marins pour taper sur l’autre. Des lors entre ces deux êtres que tout sépare , une relation inhabituelle en ces temps là se noua ; ce sauvage de marin éprouva des sentiments d’une intensité mais aussi d’une délicatesse presque incongrue . Loïc disait : tout le temps qu’il resta à Santiago la vie prit une épaisseur, une texture, une valeur, un sens, une saveur qu’il n’avait jamais éprouvé ; le soir ils allaient ensemble regarder le pacifique, les choses toutes simples avait un goût puissant, il se sentait vraiment un homme ; dans sa gigantesque paume, la minuscule main de l’indienne se noyait et ses yeux bleus reflétait les yeux sombres voilés, par la chevelure noir de jais. Pour les autres tout cela paraissait ridicule, mais il ne se remit jamais du jour ou il vit la petite silhouette s’éloigner quand le voilier appareilla.
Loïc aimait parler de ça, car il disait, que malgré sa souffrance il avait touché à quelque chose qui était de l’ordre du divin !
En parlant encore ce soir avec Loïc, c’est Erwan qui réalisa qu’il cherchait, à vivre ce transport qui donne au monde et à la vie cette saveur sans pareille ; il comprit qu’il était cruel de désirer cela, mais sentait qu’il ne pouvait se résoudre à ne jamais l’éprouver, il pressentait le danger d’un tel désir, même au cas ou il pourrait l’assouvir.
Maintenant il comprenait ce manque, c’était une aspiration à éprouver la subtilité du monde, comme un désir d’ivresse qui modifie la perception qu’on a de choses et des êtres ; finalement c’était assez simple, cette perception de la beauté du monde il voulait la partager, et il n ‘y a que deux personnes avec qui on peut le faire, dieu et un véritable amour !
La question était, pouvait on prétendre à vivre de tels sentiments quand on était un pauvre forgeron, et si on pouvait simplement l’imaginer comment les autres pouvaient ils envisager qu’une telle chose soit concevable sans en être choqué.
Avoir lu en cachette chez le recteur de la paroisse tant de livre avait il corrompu sa nature simple et originelle lui faisant désirer ce qui ne lui était pas accordé pas sa condition, ou alors il y a avait t-il quelque chose qui lui soit propre qui conditionna cet état d’esprit, était ce sa nature ?
Ils parlèrent longtemps, heureux de découvrir réciproquement des sentiments dont ils avaient hontes.
A SUIVRE S'IL VOUS PLAIT
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