
Voici donc le récit fait par Thomas à Vincent. Il m’a paru intéressant car décrivant un rapport homme femme particulier.
Laissons donc Thomas raconter :
C’était une période trouble de ma vie, pas sombre, les ténèbres ce sera pour plus tard.
J’étais jeune mais déjà une fracture de vie importante et une passion détruisant tout sur son passage tel le tsunami avait fortement entamé mon capital de joie.
Professionnellement je me heurtais à un mur, et j’allais devoir faire des choix rapidement.
J’avais cru échapper à cette passion en trouvant un poste dans une ville de province des marches de la Bretagne retirée à souhait. Je pensais ré étalonner mes priorités de vie et récupérer ce qui pouvait l’être pour aborder la suite de façon plus standard.
C’était comme un intermède, une parenthèse avant que tout ne recommence. Je n’avais pas de problèmes d’argent j’avais des besoins réduits, j’étais relativement libre.
C’était plus, un gros bourg qu’une ville, et en dehors des commodités qu’apporte la vie moderne, comme on dit, Stendhal, Flaubert ou Châteaubriant en aurait fait une description encore tout à fait exacte. Bien que fort belle et très riche historiquement parlant elle suait l’ennuie. Le soir c’était comme une angoisse qui vous gagnait.
Un matin alors que j’arrivais à mon travail, la secrétaire m’indiqua d’un air narquois qu’un paquet m’attendait sur le bureau, une dame dont j’avais géré le dossier ajouta telle d’un air entendu. Effectivement, une belle présentation m’attendais, griffée de cette marque B* hors de prix. Il y avait juste une carte avec un prénom : Claire. C’était une chemise à la fois élégante et détendue, comme on peut porter quand on est riche et sans complexe .Perplexe je ne cherchais pas à donner suite .Quelques jours plus tard le même cérémonial se produisit, et toujours Claire, simplement. Puis à intervalle régulier cela se répéta. Un jour une carte accompagnait le colis.
« Cher Monsieur accepteriez vous de déjeuner avec moi, un midi par exemple, je voudrais vous entretenir d’une affaire importante. » Etc. etc.
Suivait le nom complet et un numéro de téléphone. Le ton direct m’intrigua et de toute façon il fallait tout de même remercier, j’acceptais et lui en fit part, elle ne fit aucun commentaire et m’indiqua simplement qu’elle viendrai me chercher elle-même, le jour dit .Elle avait décidément une façon de prendre les choses en main qui ne manqua pas de me déstabiliser . J’avoue que j’étais impatient du rendez vous, et ce d’autant plus que je ne me souvenais plus vraiment de son apparence.
Une grosse limousine m’attendais à la sortie de mon lieu de travail, au volant une femme très élégante, fumant une cigarette .Quand elle me vit, elle me fit simplement signe de monter à son côté, et sans un mot ou presque m’indiqua notre destination .C’était un restaurant assez luxueux où les gens d’une certaine classe sociale locale venait déjeuner le midi pour affaire. Le maitre d’hôtel, avec l’attention discrète que l’on manifeste pour ces gens là nous entraina directement au fond de la salle.
-Votre table madame, comme vous l’avez demandé.
Elle s’assit en face de moi, m’invita à choisir un apéritif alluma une cigarette et me dit sans ambages :
-Il faut que je vous dise, ne m’en veuillez pas, mais je préfère être directe, je suis très amoureuse de vous, accepteriez vous une relation,
et elle planta ses yeux parfaitement maquillés dans les miens .Elle ressemblait furieusement à Liane Folly ; j’étais fort heureusement assis. Je ne sais plus ce que j’ai bredouillé, un truc dans le genre ni oui ni non, puis nous avons parlé. Elle s’est raconté, je ne disais rien, je n’avais pas envie de parler de moi. A la fin du repas elle s’est levée sans un mot puis est revenu me chercher, elle avait réglé bien entendu. Dehors, un peu étourdi par un grand vin qu’elle avait fait servir, elle s’est approchée de moi et m’a dit
-vous m’embrassez bien sur !
Elle approcha ses lèvres au cas où je n’aurais pas compris, puis me raccompagna :
- appelez-moi s’il vous plait
. Je ne sais plus si c’est elle qui rappela, toujours est-il que je me retrouvais à nouveau dans sa limousine, qui devait nous conduire à sa maison, vaste demeure restaurée, de celles dont les anglais raffolent en France. Je me souviens de ce splendide billard français qui trônait dans le salon, nous eûmes notre première relation, et je ne fus pas brillant tant elle m’intimidait. Par la suite nous nous retrouvions régulièrement et parfois dans son magasin B* où elle m’envoyait choisir, un article vestimentaire, rectifiant mes choix s’ils ne lui paraissaient pas de bon gout. C’était une femme très délicate et très douce en réalité, mais la vie lui avait appris une certaine façon d’agir .
Elle était nettement plus âgée que moi et sans être dominatrice c’était elle qui menait le jeu.
Je me faisais l’impression d’une jeune fille dans ses bras. C’était une relation finalement très confortable dans laquelle je me laissais guider, n’ayant qu’à écouter, admirer, aimer.
Mais elle restera gravée dans ma mémoire, en particulier pour un petit détail qui me fit comprendre la profondeur de ses sentiments et la détresse cachée (elle était mariée), un sens très féminin de l’amour sans concession. Elle m’offrit un jour le disque de Diane Tell : « si j’étais un homme ». En écoutant les paroles je compris tout. Je ne l’admirais et l’estimais que plus.
Pourtant j’étais trop désespéré moi même et en quête de ce que je croyais être la normalité pour ne pas poursuivre mon projet personnel.
Je partis un jour pour essayer de vivre comme les autres. Loin, suffisamment loin.
Elle ne dit rien, ce n’étais pas son genre de pleurer, nous fîmes une dernière fois l’amour. Quelques temps après mon départ je reçu un appel. Elle avait retrouvé ma trace et me proposait de vivre avec elle. J'etais au travail , sa voix douce mais ferme agissait souverainement sur moi . Je fus boulversé mais déclinais, très triste . Les jeux étaient faits, il était trop tard.
Je ne l’ai jamais oublié.
C’est une belle histoire qui devrait aider Vincent à admirer les femmes.

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